Rebondir par le numérique : du commerce à la Data, le parcours de Jawad après un accident de vie
Commercial devenu Data Engineer : le témoignage de Jawad sur sa reconversion réussie grâce à la tech
22 October 2026

Après dix ans dans le secteur commercial et un grave accident de la route en 2021, Jawad a su réinventer sa trajectoire professionnelle. Passé par un SAS PSH (Personnes en Situation de Handicap) porté par Simplon et financé par l'Agefiph, il est aujourd'hui en alternance comme Data Engineer au sein d'un leader mondial de l'industrie pharmaceutique.
Retour sur une reconversion réussie où compétences métier, résilience et passion de la tech se conjuguent au quotidien.
Quel était ton parcours avant de te tourner vers le numérique ?
J’ai travaillé pendant dix ans dans le secteur commercial. La data, je l’utilisais au quotidien comme outil pour piloter la performance business, mais je n'en connaissais pas les coulisses techniques.
En 2021, un grave accident de deux-roues a brutalement interrompu ma carrière. Après un an et demi d’hospitalisation, un mi-temps thérapeutique et un licenciement pour inaptitude en accord avec mon employeur, je me suis retrouvé face à une page blanche. J’ai mis ce temps de pause à profit pour me poser les bonnes questions, revoir mes priorités et commencer à m’autoformer aux nouvelles technologies et à la data.
Comment as-tu franchi la porte de Simplon ?
Un an après mon licenciement, en 2024, j’ai reçu une notification de France Travail me proposant une initiation au code via un SAS PSH de cinq semaines chez Simplon.
Ce dispositif, financé par l’Agefiph et porté par Simplon, est conçu pour tester ses appétences et vérifier la faisabilité d'un projet professionnel dans le numérique au regard de son handicap. Durant cette période, des échanges avec des intervenants comme Philippe Trotin m'ont beaucoup inspiré. Ce SAS m'a confirmé que je me voyais me projeter dans ce secteur pour les 20 prochaines années.
Concrètement, qu'est-ce que la formation chez Simplon t'a apporté sur le plan des compétences ?
La formation m'a d'abord apporté une compréhension globale de la logique de programmation et des langages. Quand on comprend la structure d'un langage, apprendre un nouveau langage revient à en apprendre le vocabulaire : c'est beaucoup plus fluide.
Au-delà de la technique pure (Javascript, modélisation de données), Simplon m'a énormément apporté sur :
- La gestion de projet et l'agilité : appréhender le déroulement d'un projet complexe avec des enjeux importants.
- La gouvernance et la souveraineté des données : intégrer les enjeux réglementaires et de protection (RGPD) dès la conception.
- L'IA et le prompt engineering : une sensibilisation pendant la formation qui a piqué ma curiosité et m'a poussé à me former en autonomie sur l'IA agentique.
Enfin, sur le plan humain, la bienveillance des équipes, des chefs de projet et des formateurs a joué un rôle clé dans mon développement.
Comment s'est structurée la suite de ton parcours vers la Data ?
J’ai enchaîné sans interruption sur une formation de Développeur Web et Web Mobile de 8 mois. Très vite, mon objectif était de viser un niveau Bac+3/Bac+5 pour m'orienter vers la data.
Après un passage réussi devant une commission chez Simplon, j'ai été accepté sur le parcours Data Engineer. Après deux mois de recherches intenses sur tous les leviers (LinkedIn, X, réseaux professionnels), mon profil a retenu l'attention de plusieurs grands groupes (Louis Vuitton, EssilorLuxottica, Nexity). J'ai finalement rejoint une entreprise majeure du secteur de la santé, motivé par le sens du domaine et un excellent feeling avec ma tutrice anglophone.
Quelles sont tes missions aujourd'hui ?
Je suis intégré à une entité stratégique d’un grand groupe de la santé, qui fabrique des médicaments dans ses propres usines pour le compte d’autres laboratoires.
Concrètement, je conçois et je fais évoluer des Data Hubs, des applications de pilotage alimentées par les données des sites de production et des équipes Supply, Qualité et Commerciales :
- Supply & Production : automatisation du suivi des taux de service et des ruptures, avec une mise à jour mensuelle fiabilisée.
- Qualité : un outil que j'ai développé de suivi des déviations, des réclamations et des change controls, ainsi qu’un tableau de bord de suivi de la sérialisation, c’est-à-dire la traçabilité des boîtes de médicaments.
- Veille macro-économique : des flux de données automatisés (taux de change, énergie, inflation) pour anticiper l’impact des coûts sur nos prix.
- Automatisation : des scripts Python qui enrichissent automatiquement les données entre les outils collaboratifs et l’entrepôt de données.
Le responsable Data de mon équipe étant parti, on m’a très vite accordé sa confiance pour prendre le lead sur plusieurs projets stratégiques. Au quotidien, je travaille avec Python, SQL, Snowflake, dbt et Power BI, sur des sujets de gouvernance et de souveraineté des données (RGPD), et j’intègre l’IA agentique et le prompt engineering dans mes réflexions.
Ton passé de commercial est-il un atout dans ton métier de Data Engineer ?
C'est ma plus grande force et ce qui me différencie d'un profil junior issu d'un parcours 100 % académique. Pendant dix ans, j'ai été un utilisateur final de la data.
Aujourd'hui, quand je conçois un modèle sémantique ou une table de données, je sais exactement ce dont le collaborateur business a besoin sur le terrain. Cette double culture technique et métier me permet de comprendre les enjeux fonctionnels immédiatement et de concevoir des solutions adaptées du premier coup.
Comment abordes-tu la question du handicap au quotidien ?
Mon handicap est invisible : la station debout prolongée et la montée des escaliers sont problématiques. Sur un poste sédentaire, dans un environnement ergonomique avec un matériel adapté (fauteuil ergonomique, repose-pieds), je travaille dans des conditions optimales.
Simplon m'a également prêté un siège ergonomique et un écran pour aménager mon espace de télétravail à la maison. La RQTH a été le levier indispensable qui m'a ouvert les portes du SAS PSH et m'a permis de rebondir.
Tu as récemment été honoré par une distinction prestigieuse. Peux-tu nous en dire plus ?
Grâce à l'équipe Simplon, ma candidature a été proposée pour un prix départemental en Seine-Saint-Denis (93). J'ai présenté mon parcours lors d'un grand oral à Bobigny devant un jury de 7 personnes réunissant la DRIEETS, le Ministère du Travail, l'Éducation Nationale et des membres de la Société des Membres de la Légion d'Honneur (SMLH).
Le courant est très bien passé. J'ai ensuite reçu un appel du président de la SMLH pour m'annoncer que j'étais sélectionné pour le Prix National. C'est une fierté immense qui vient couronner le chemin parcouru depuis 2021.
Un mot pour celles et ceux qui hésitent à se reconvertir ?
Il ne faut pas sous-estimer la valeur de ses compétences transférables. Une reconversion professionnelle n'est pas un retour à zéro : c'est l'addition d'un savoir-faire métier existant et de nouvelles compétences techniques. C'est précisément cet hybride que recherchent les entreprises aujourd'hui.
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